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 Réunion de famille (pv Aaron)

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MessageSujet: Réunion de famille (pv Aaron)   Mer 7 Nov - 22:50

Trois mois plus tôt
William poussa doucement la porte de la chambre de sa sœur. Tara releva la tête et lui sourit en lui faisant signe de rentrer. Il pénétra dans la pièce sur la pointe des pieds et comme à son habitude alla s’asseoir au bout du lit. Il s’empara du vieil ours en peluche de son ainée et le plaqua dans son giron avant de la fixer avec de grands yeux interrogateur. Il joua avec le bras droit de la peluche tandis que sa sœur remettait son bouchon de stylo bic. Tara s’était toujours montré soigneuse, presque maniaque.
« Un problème, Willyboy ? » questionna-t-elle, en se passant la main dans les cheveux.
L’enfant se mordit la lèvre. Dans le salon, la télé diffusait une émission de talk-show qui l’insupportait. William n’aimait pas le rire strident et grinçant de la présentatrice. Il n’aimait pas sa coupe de cheveux non plus.
« Comment était mon vrai père ? »
Le visage de sa sœur se figea. Elle poussa un soupir. Cela ne servait à rien de mentir à William. William savait quand on lui mentait. C’était le problème avec les génies. Ils veulent et ils peuvent savoir. Elle ne demanda pas plus comment il le savait. Il ne lui répondrait pas et au fond cela importait peu.
Au lieu de cela, elle réfléchit sur le peu de chose dont elle se souvenait sur le père de son petit frère.
«Qu’est-ce que tu veux savoir ? » biaisa-t-elle.
William grinça des dents en entendant une fois de plus le rire de la présentatrice. Il retourna le nounours et regarda avec passion les poils caramel.
« Il me ressemblait ? »
« Un peu… les mêmes yeux… la même façon de croiser les doigts ou de hausser les sourcils. »
Le garçon haussa justement son sourcil gauche avant de lisser du plat de la main la fourrure synthétique.
« Il buvait ? Il se droguait ? »
« Je ne me souviens pas… Mais j’étais petite. »
Elle se demanda un instant pourquoi elle avait ajouté sa dernière phrase. Sans doute pour éviter que William se fasse trop d’illusion. Leur mère n’avait jamais très bien choisit les hommes de sa vie. Il suffisait de voir celui qui les élevait actuellement.
« Il s’appelait comment ?»
Il ne la regardait pas et parlait uniquement à la peluche.
« Saxon… »
Il hocha doucement la tête. Il reposa l’ours à sa place. Il quitta le lit, lissa du plat de la main la couette bleu et quitta la chambre.
Son père s’appelait donc Saxon (d’après sa sœur) et il appartenait à la haute société (d’après la dispute qu’il avait surpris entre son beau-père et sa mère il y a deux ans), il devait avoir plus de trente ans et moins de quarante (d’après sa logique et les statistique sur les britannique), sans doute intelligent (d’après la plupart des études l’intelligence avait un facteur génétique)... C’était quand même maigre comme piste. Il saisit son manteau et sortit marcher dans la rue en se demandant quel effet ça faisait de parler à son vrai père.

Deux semaines plus tôt
« C’est qui à la télé ? » demanda William en étalant une généreuse couche de Nutella sur son pain.
« On dit qui est ce. » releva Conrad sans se détourner de l’écran où un homme continuait d’expliquer quelque chose à propos de la lutte contre la criminalité.
Le petit fronça le sourcil droit.
« Qui est ce ? »
« Aaron Saxon, le ministre de l’intérieur. »

Le jour même
Appuyé contre un mur en face d’une maison de Belgravia, William attendait son heure. Ce qu’il trouvait injuste. James Bond lui n’avait jamais à attendre longtemps avant que l’occasion parfaite ne se présente. L’enfant sauta d’un pied sur l’autre pour se réchauffer puis adressa un signe de la main à une vieille femme qui promenait son chien. Il avait eu une idée géniale pour rentrer dans la maison. Mais comme ça faisait trois jours qu’il n’avait pas pu la réaliser, il se demandait si elle était si géniale. Puis il vit sa chance passait sous ses pieds. Sans réfléchir, il se lança à la poursuite du chat. Il manqua de percuteur deux voitures et bouscula trois hommes d’affaires avant de réussir à tenir entre ses bras le félin. Ce dernier se débattit un instant et ses griffes attaquèrent un peu durement le tissus du manteau du garçon qui tint bon.
« Keep calm » souffla William dans l’oreille du fauve qui par miracle lui obéit.
Ce dernier finit par obtempérer et se blottit confortablement contre le torse du petit qui le récompensa d’une caresse. Tout en tentant de retrouver son chemin (la poursuite du chat l’avait pas mal éloigné de la maison), William se demanda si pour passer si vite de l’agitation au calme placide le chat n’avait pas un problème de double personnalité. Mais les félins étaient des êtres caractérielle, tout le monde savait ça. Il lui gratta un peu les oreilles et la bête ronronna.
Son plan absolument génial avait fonctionné. Franchement il était trop fort. Comme le chat du ministre, son père, s’échappait régulièrement le récupérer lui permettait d’avoir accès à la maison ce qui était le plus compliqué. Mais nettement moins que dans ce rendre au ministère. Sans compter que les gorilles qui montaient la garde au ministère semblaient absents de Belgravia. Il lui fallait juste passer l’obstacle de la gouvernante pour pouvoir enfin rencontrer son père. Tout en marchant, William se demanda comment la rencontre allait se passer. Bien, sans doute, dans les films les rencontres se passaient toujours bien. Généralement il y avait quelqu’un qui pleurait. Bon William ne se voyait pas pleurer, et il n’imaginait pas vraiment son père pleuré. De toute façon c’était les filles qui pleuraient. Et puis les films ne reflétaient pas la réalité. Il n’y avait pas de musique dans le vrai monde. Juste du bruit. William n’aimait pas beaucoup le bruit. Ça obstruait les oreilles et l’empêchait d’entendre le plus important. Le chat lui lécha le menton et il traversa la rue.
Appuyer sur la sonnette sans lâcher le chat (ou la chatte ? William ne savait pas faire la différence), fut un exercice délicat. Heureusement pour lui le fauve semblait trouver ses bras confortables et ne tenta pas de se débattre.
La gouvernante, cinquante-deux ans et avec un fort penchant pour la viande rouge, lui ouvrit. William lui sourit. Elle lui sourit.
« Bonjour. Je rapporte leur chat aux habitants » expliqua-t-il en montrant le félin qui cracha dès qu’il vit la gouvernante.
Le garçon grimaça en sentant les griffes mais ne fit pas la moindre remarque se contentant de poser doucement l’animal sur le parquet.
« Eh bien. C’est très gentil à toi, my boy… Mais comment… »
A ce moment-là, le chat décida que l’on ne s’occupait pas tout à fait assez de lui et fila une fois de plus par la porte d’entrée. Par réflexe la gouvernante se mit à lui courir après laissant le garçon seul. Son plan se déroulait exactement comme prévu. Bon, il n’avait pas prévu de se faire détruire la main droite par le fauve mais ce dernier s’était rattrapé en prenant la poudre d’escampette sans que William n’ait à l’aider. Ce qui était heureux. Il avait eu son idée lors de sa première observation des lieux. Il avait vu le fauve sortir, poursuivie par la gouvernante ce qui avait laissé la porte ouverte. Après il lui avait juste fallu attendre que la fuite du félin coïncide avec la présence de son maitre à la maison. Sauf que dans l’idée initiale, il n’avait pas mis une semaine à avoir une occasion. Ce qui était nul. Mais dans l’idée initiale, il foutait un coup de pied au chat pour le faire suivre la gouvernante sur ses talons. Et ça il avait été heureux de ne pas avoir eu à le faire
L’enfant regarda autour de lui. C’était grand, c’était propre, ça n’avait rien à voir avec son minable petit appartement. Brusquement il se sentit petit, minuscule même. Et pas très propre.
Il secoua la tête. On ne bâtissait rien de bon en redoutant les épreuves.
Sauf que là, on atteignait les limites de son plan génial. Parce qu’il n’avait prévu aucun moyen fiable de retrouver son père. Et la maison semblait immense. Il n’aurait jamais le temps de fouiller toutes les pièces avant de se faire mettre à la porte. A propos de porte, le petit ferma du talon la porte d’entrée. En y ajoutant la fuite du chat, il avait un peu de temps devant lui. Disons cinq minutes. Ce qui lui laissait grosso modo le temps d’inventer onze plans qu’il qualifierait sans doute tous de débile.

Alors qu’il envisageait de casser un vase cher pour attirer l’attention sur lui, il entendit du bruit au-dessus de sa tête. Il la releva donc et vit un homme qui le toisait.
La première pensée de William fut : « c’est foutu je serais jamais plus grand que Sherlock ». Parce que sans être franchement petit, son père ne brillait pas par sa grande taille. Ce qui contrariait franchement l’une des plus grandes ambitions de l’enfant.
Sans compter qu’il était moins beau que le ministre dans love actually mais on ne pouvait pas tout avoir dans la vie. De tout façon, William aimait pas Hugh Grant mais Tara l’adorait.
De manière générale, William trouvait que son père avait la classe. La méga-classe même. Il était presque pas trop vieux, même s’il avait dépassé 25 ans. Son costume lui allait hyper-bien. Il lui donnait quelque chose d’intimidant.
Par contre il avait l’air de mauvaise humeur, surpris et de très mauvaise humeur.

Bon, il avait franchi la deuxième étape. Il s’agissait maintenant de gérer la rencontre. D’après Sherlock, il fallait donner les faits de façon clairs et sans se soucier de la casse intermédiaire (bon il parlait de meurtre pas de reconnaissance de paternité), d’après John il fallait se montrer délicat et bien élevé (même remarque que précédemment). Donc il s’agissait de trouver un juste milieu et aussi de faire en sorte qu’on ne croit pas qu’il participait à un vidéo gag.
William sourit de nouveau, il parait que c’est important de sourire.

« Bonjour. »


Voilà, il s’était montré poli. John serait fier de lui. Mais mine de rien, il avait intérêt à enchainer vite fait bien fait avec les informations intéressante. Déjà parce que sinon la discussion risquait de se révéler très ennuyeuse et aussi parce que plus il se taisait plus il prenait le risque que son père le foute à la porte.

« Papa, je suis ton fils. »

Voilà c’était dit.

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MessageSujet: Re: Réunion de famille (pv Aaron)   Lun 12 Nov - 11:12


- Veux-tu revenir sale bête ? Ari ! Aristote !

Vu les cris stridents de la gouvernante, le chat avait encore dû se carapater pour aller fureter dans le voisinage. La brave bête n'allait jamais loin mais elle avait la poudre d'escampette dans le sang et la liberté comme adage. Tout du moins, fallait-il le croire... Le chat était pourtant bien traité, caressé comme il se fallait, par Monsieur et par Madame. Certes, la gouvernante ne l'aimait guère et ce désamour était réciproque. De là à fuir les gros bras de Mrs. Davenport avec tant d'acharnement... À moins bien entendu que ce jeu lui plaise !
Aaron leva les yeux au ciel et soupira. Il coupa pendant quelques secondes son oreillette bluetooth et cria, du haut de l'escalier :

- Pas la peine de vous en faire Mrs. Davenport, il va revenir, Ari revient toujours. Si vous pouviez baisser d'un ton par contre...

Il entendit les murmures d'assentiments de la gouvernante et appuya de nouveau sur le bouton, qui émit un petit bip discret. Au bout du fil, Talbot lui faisait un compte-rendu des affaires en cours. Saxon n'était guère pressé d'arriver à l'affaire Moriarty. Le plan qu'il avait monté avec Mycroft n'était pas certain et il espérait qu'il porterait ses fruits, et ce le plus rapidement possible avant que sa cote de popularité ne descende encore plus bas.
Bientôt, il entendit la sonnette mais ne se dérangea pas. S'il était aujourd'hui au domicile, c'était comme toujours pour travailler au calme. Il ne se dérangeait donc pas pour faire le portier et laissait cela aux bons soins de la gouvernante qui était devenue une personne indispensable à la bonne marche de cette maison. Il continua sa conversation, calmement, car il avait assez mal dormi : ce qui n'était certainement pas pour déplaire au secrétaire qui essuyait de fait beaucoup moins ses sauts d'humeur.
Il aimait beaucoup parler grâce à ce dernier gadget technologique. Cela lui permettait d'aller et venir à travers sa maison comme bon lui semblait, sans interrompre le flux de paroles échangées. Lyra était absente, il avait donc le champ libre : l'étage entier et le rez-de-chaussée, c'était grand luxe aujourd'hui. Aller et venir n'incluait cependant pas de descendre jusqu'à la cuisine pour se faire du thé. Il coupa de nouveau l'oreillette :

- Mrs. Davenport, pourriez-vous me monter une tasse de Earl Grey ? ... Mrs. Davenport ?

Sans réponse de sa part, Saxon amorça la descente du grand escalier de marbre de sa maison tout en recommençant sa conversation :

- Comment ça ?! Mais comment se fait-il qu'il ait eu ces informations ? Non mais... quoi ? Ma démission ? Eh bien, je vois que ça tire à boulet rouge à présent. Prenez en note l'interview, je veux tous les détails afin que nous présentions une réponse cette semaine. Mais pas avant jeudi, je dois vérifiez certaines choses avec Mycroft Holmes.

Entre temps, il avait oublié son thé mais descendait toujours l'escalier. Son regard finit par s'arrêter sur une silhouette qu'il ne connaissait pas. Il stoppa donc dans son élan et posa ses yeux clairs et perçants sur le jeune garçon, qui détonnait un brin dans ce décor à la limite du glacial. Il chercha du regard la gouvernante, vit la porte ouverte, fit la relation de cause à effets avec le chat et reporta son attention sur le garçon. Talbot lui répondait dans l'oreillette et avant qu'il ait pu dire quoique ce soit à l'un de ses interlocuteurs, la réplique du garçon tomba comme un couperet au milieu de la pièce.
Dans un mouvement et d'une voix un peu sépulcrale, le ministre interrompit la communication avec son oreillette une dernière fois :

- Talbot, je suis indisponible. Je vous rappelle.

Et tout aussi laconiquement, il rangea l'appareil dans la poche de sa veste impeccable. Trois marches le séparaient de l'enfant, mais tout à coup, son piédestal lui semblait être une protection des plus enviable, il ne continua donc pas sa descente. Son air légèrement cassant après le "Bonjour", s'était mué en un mélange de stupeur et d'incompréhension. On voyait à ses traits qu'il réfléchissait et qu'il réfléchissait vite. Il continuait à scruter l'enfant... l'enfant qui prétendait être son fils.
Cela faisait bien longtemps qu'une émotion aussi intense n'avait pas traversé Aaron. Une émotion autre que l'envie ou le dégoût. Il cherchait sur ce visage les traits qui seraient gravés à jamais dans sa mémoire, ceux de la seule femme qu'il avait aimé. Sa douceur, son regard moqueur, sa bouche ourlée ou encore ses boucles brunes. Car s'il avait eu un fils, à moins qu'il ait une démence précoce, cela ne pouvait être que d'elle. Mais quelque chose clochait : il était bien trop jeune. Oui bien trop...

Un soupir (de soulagement ? de regret ?) s'échappa des lèvres serrées de Saxon et il respira de nouveau normalement. Il n'avait été déstabilisé que l'espace d'une minute et cela avait été une vraie gifle : lui, toujours si sûr de lui, toujours si à propos, il avait été déstabilisé par un gamin. Quelle honte !
Son visage, naturel et ouvert pendant sa période de doute, se ferma tout à fait et il posa un regard des plus neutres sur le garçon :

- Non, tu te trompes. Je ne peux pas être ton père. Je ne sais pas qui t'as raconté cela...

... Mais il serait malavisé d'aller le crier partout. Pouvait-il réellement dire cela à un enfant qui cherchait son père ? Hum... Pas tout de suite en tous cas. Il s'interrompit donc et franchit les dernières marches qui les séparaient. Il eut un sourire poli, vérifia que le môme n'avait pas plus de douze ans et haussa les épaules :

- J'imagine que tu n'es pas venu jusqu'ici uniquement par intuition ou par lubie. Soit quelqu'un te paie pour venir me narguer d'un mensonge et il me connaît mal, soit c'est une méprise candide. Et j'ai du mal à croire à la candeur.

Avait-il d'ailleurs jamais été enfant cet homme froid qui analysait la situation comme tout politicien le ferait. Cependant, il ne souhaitait pas faire fuir le môme avait d'avoir tiré cela au clair, il alla donc fermer la porte (sans la verrouiller, ce n'était pas un serial killer tout de même !) et lui fit signe de le suivre jusqu'à la cuisine. Il allait finir par le faire seul ce maudit thé. En appuyant sur la bouilloire, il demanda :

- Tu en veux ... Tu ne m'as pas dit ton prénom d'ailleurs ?
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MessageSujet: Re: Réunion de famille (pv Aaron)   Mar 13 Nov - 15:38

William n’avait pas vu que son père était au téléphone. En fait, il s’en foutait. Tout ce qui comptait pour lui s’était l’homme face à lui. Il ne voyait plus ce qui se passait autour de lui et n’entendait même pas le bruit de la rue, pourtant conséquent. Son père était tout ce qui comptait.
Son salut ne fut accueilli par aucune réponse. Le visage de l’homme déjà relativement contrarié devient sec et cassant. Un peu comme s’il toisait avec ironie un indésirable qui ne se rendait pas compte de sa situation réelle. Peut-être était-ce réellement ainsi qu’il voyait William. Après tout, il ne connaissait pas encore les liens qui les unissaient.

Sa phrase sembla ne pas tout de suite toucher son père. Il dit quelque chose que l’enfant n’entendit pas puis se mit à la fixer. William s’efforça de ne pas ciller devant le regard du ministre mais putain ce que c’était dur. Il avait l’impression d’être analysé, décortiqué, mis à nu. Il se sentait un peu comme la souris face à l’oiseau de proie. Puis, il comprit que ce n’était pas ça le problème. On ne fréquentait pas Sherlock sans s’habitué à être analyser en permanence.
Mais là c’était son père. Son père qui le regardait, son père qui le dévisageait. Son père… William le regardait avec la même avidité. Visiblement son annonce l’avait choqué, vraiment choqué. Peut-être ne s’attendait il pas à la revoir ? Peut-être…
Soudain son père poussa un soupir et son visage se ferma. Il redevint lisse, impénétrable, politique. Ce qui déçu un peu le garçon mais lui permit de respirer normalement. Avec stupeur, William se rendit compte que tout ce temps il avait retenu son souffle. Il contempla son père et comme à l’étourdi fit un pas vers lui. Son cerveau habituellement si calme, si rationnel, si analytique semblait s’être éteint et il ne lui restait plus que son cœur. Son cœur qui battait beaucoup trop vite. Etrangement, il n’osait pas trop s’approchait. Il demeurait à une distance presque respectueuse. Une part de lui, voulait fuir mais la part la plus importante de lui voulait…Il ne savait pas trop quoi. Un geste d’affection peut être. Une marque de reconnaissance. Un mot gentil. Quelque chose. N’importe quoi

- Non, tu te trompes. Je ne peux pas être ton père. Je ne sais pas qui t'as raconté cela...

William eut l’impression qu’une crevasse venait de s’ouvrir sous ses pieds. Le monde arrêta de tourner. Ce n’était pas possible. Il mentait. Il DEVAIT mentir. Ce n’était pas possible. L’homme en face de lui était son père. Il l’était. Ce n’était pas possible autrement.
En temps normal William aurait vu les pupilles de l’homme, il aurait contemplé son attitude et en aurait conclu qu’il disait la vérité. En temps normal, il l’aurait cru sur parole. En temps normal, il aurait écouté sa tête.
Mais son cœur gouvernait. Et son cœur voulait que les paroles qui venaient de franchir la bouche de son père soient fausses. Donc elles l’étaient.
Le jeune homme ne se rendit même pas compte de l’expression horrifié et anéanti qu’il afficha quelques secondes avant de reprendre le contrôle.
Il ferma les yeux et compta les puissances de deux. Il les compta vite jusqu’à ce que le calme s’empare de nouveau de lui.
Il ne pouvait pas traiter son père de menteur. Même si c’était le cas.

Son père, il l’était forcément, descendit les marches et parcourut le peu de distance qui les séparaient encore. Durant une folle seconde William crut qu’il allait lui serrer l’épaule, le toucher, rendre tangible ce qui se passait. Il refusait d’écouter et de croire ce que l’on venait de lui dire.
La réaction fut cruelle pour lui. Au sans doute, il ne voulait pas se montrer méchant. Mais il le fut. Un sourire poli et un haussement d’épaule, voilà tout ce à quoi il avait droit après avoir retrouvé son père.
On aurait dit son prof de math. Son prof de math lorsqu’un élève posait une question à côté de la plaque et qu’on ne pouvait pas l’envoyer chier parce qu’on était bien élevé. C’était ça. Il s’en foutait de lui. Il se foutait de son fils. Il lui mentait, il le renvoyait, il le chassait de sa vie. Il se comportait avec lui comme il se comporterait avec un inconnu de passage et légèrement importuns.

- J'imagine que tu n'es pas venu jusqu'ici uniquement par intuition ou par lubie. Soit quelqu'un te paie pour venir me narguer d'un mensonge et il me connaît mal, soit c'est une méprise candide. Et j'ai du mal à croire à la candeur.

« Bah si. Je me suis réveillé un matin en me disant : et si le ministre de l’intérieur était mon père ? Abruti » songea avec rage William. Il lui en voulait. Il lui en voulait de nier la vérité. Il lui en voulait de lui mentir et de ne pas le comprendre. Il lui en voulait, il s’en voulait de souffrir. Il s’en voulait… Il était perdu. Et au milieu de tout cela il y avait son père. Il refusait d’en démordre. Face à lui se trouver son père. Ce dernier alla fermer la porte qui donnait sur la rue et lui fit signe de la suivre.
Stupéfait William trottina derrière lui.
Son père marchait vite. Il avait de grande enjambés sec, rien à voir avec le pas mou et hésitant de son beau-père. Il portait un beau costume, pas un jean miteux. Il sentait l’après rasage et l’eau de cologne, pas l’alcool le tabac et le café froids. Il était son père, il partageait son sang. Il n’était pas un étranger de passage dans sa vie.

Le garçon ne se rendit même pas compte qu’il accumulait les faits et les assertions pour se rassurer. Pour se cacher la vérité et ne pas croire ne jamais croire que ce que son père disait était vrai. Il ne regarda pas les couloirs qui défilaient sous ses pas, ne prêta pas la moindre attention au luxe qui s’étalait sous ses yeux et se contenta de le suivre. Docilement et en silence il pénétra dans la cuisine. Le genre de cuisine moderne, fonctionnel et neuve qu’il ne pourrait jamais avoir. Il ne sut pas trop ce qu’il devait faire, alors il resta au milieu de la pièce, les bras un peu ballant tout en se concentrant sur son géniteur.
Son père prépara de l’eau, pour du thé sans doute et se tourna vers lui.

Tu en veux ... Tu ne m'as pas dit ton prénom d'ailleurs ?

Comment pouvait il ignorait jusqu’à son prénom ? « parce que tu n’es pas son fils » murmura une petite voix dans sa tête. « Shut up ». Il était son père.

William… William Lockwood

Merde, pourquoi sa voix à lui était-elle si faible. Si maladroite, si enfantine. Il avala sa salive, à défaut de thé. Et ferma doucement les paupières. Il reprit son calme et ce fut d’une voix curieusement douce et posée, surtout pour un enfant qu’il reprit.

-Vous vous trompez. Vous êtes mon père. Vous devez l’être.


Il ne se rendit pas compte que sa remarque sonnait autant comme un fait que comme une supplication. Tout comme, il ne remarqua pas son changement de langage. Comme si sa raison tentait de convaincre son cœur que l’homme en face de lui pouvait éventuellement ne pas être son père. Il se tut et se concentra sur le bruit de la bouilloire.

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MessageSujet: Re: Réunion de famille (pv Aaron)   Mer 14 Nov - 9:09


Malgré l'assurance qui le regagnait peu à peu, il ne pouvait maquiller le fait que ses nerfs avaient été soumis à dure épreuve. Il avait tellement perdu l'habitude de se confronter à des affaires privées, qu'il oscillait entre son air habituel et un désarmement complet. Son index tremblota alors qu'il enclenchait la bouilloire et il maudit intérieurement sa faiblesse. Jamais il ne se décomposait, jamais. Mais la conjecture des choses le désarçonnait : il était en présence d'un enfant qui le prenait pour son père, il était loin de son bureau, dans un univers qui lui était propre, sa maison, son cocon et il n'était pas en face d'un problème politique. Tout du moins, plus il voyait le gamin se décomposer en même temps que lui, mélange de déception et de colère, plus il doutait de l'entourloupe médiatique. Ou alors on engageait vraiment de bons comédiens de nos jours... Mais Saxon sentait ces choses là. Quoiqu'il se passe dans cette pièce, le môme ne mentait pas. Et cette fragilité l'émouvait en quelque sorte...
Détestable sentimentalisme, cela lui donnait envie de vomir. Il se concentra donc plus intensément que nécessaire sur la bouilloire et le bruit de l'eau qui frémissait, sa surface lisse en inox brossé, sa poignée en polymère noir. Il frotta ses mains ensemble et finit par oser affronter de nouveau le regard du gosse.
Il n'allait pas se laisser désarçonner alors qu'il pouvait tenir des heures lors d'un débat houleux et enflammé. Non... Impossible. Et pourtant, les faits, ses sentiments retournés, tout était là. Sur le visage oscillant entre enfance et pré-adolescence, il lut cette rage contenue et ne put que la comprendre, ne put que s'y retrouver, car la même rage le tenaillait parfois. Il hocha la tête en entendant son prénom :

- Enchanté William.

Et il eut un sourire un peu plus sincère, bien que sa voix était lasse. Cependant, son cerveau repartait dans ses interrogations. Lockwood, ça lui disait quelque chose. Mais il était encore trop anxieux pour réussir à croiser les données de cette affaire. Il prit donc la théière, la boîte à thé en métal et en mis deux mesures dans le filtre, avant de verser l'eau bouillante. Il laissa infuser, silencieusement et vu qu'il préférait son thé plutôt clair, il en servit deux tasses et en poussa une vers l'enfant. Qu'il en veuille ou non, cela lui était égal car il faisait tout de façon automatique et quasi désincarnée, afin de maintenir son masque, ou le peu qu'il en restait. Il était derrière la table, qui le séparait de William, comme les marches tout à l'heure et cela l'empêchait d'esquisser encore un geste cordial. De toute façon, il aurait eu peine à trouver comment s'y prendre. Il aurait bien voulu, il ne savait pas trop pourquoi d'ailleurs. Dans la maison Saxon, un enfant n'aurait pas eu sa place. Cela n'avait jamais été discuté dans le couple mais d'un accord tacite, cela s'était décidé, naturellement. Une union froide ne peut qu'être stérile... Et la leur était des plus glacée, depuis le début. Aaron n'avait pas encore décidé si cet état de fait le navrait ou non, car seule sa carrière lui importait pour le moment. Il n'aurait eu guère le temps de s'occuper d'un enfant. Bien que les bourgeois ne s'occupent pas en général de leur progéniture et la confie aux bons soins d'une gouvernante, Lyra et lui n'avaient pu se soumettre à l'ordre social, comme si leur mariage, de convenance, ainsi que la carrière politique d'Aaron, avaient déjà usé leur quota de ce côté-là...

Il était temps de reprendre la parole et cette fois-ci, ce fut William qui s'obstina dans sa théorie absurde. Comment ça il se trompait. Mais non ! Cela réveilla sa fibre combattive et il se prépara à prouver, selon un plan thèse-antithèse-synthèse qu'il n'était pas son père point. Mais quelque chose lui disait que ce n'était pas du tout la réponse appropriée. Il fronça légèrement les sourcils et dit, péremptoire :

- Assied-toi.

Il fit de même et le regarda droit dans les yeux, ni cillant pas cette fois-ci :

- Écoute, je suis marié depuis 15 ans et je n'ai jamais fréquenté que ma femme pendant cette période.

Et voilà qu'il lui racontait sa vie à présent. Enfin, vu où il en était, cela ne pouvait pas être pire. Il continua sur sa lancée :

- Donc non, ce n'est pas moi. Qu'est-ce qui te fait dire ça ? Quelqu'un t'a parlé de moi ? Ta mère m'a mentionné nommément ? Comment as-tu dit que tu t'appelais ? Lockwood hein ? Ton nom me dit quelque chose mais...

Il prit une gorgée de thé brûlant puis reposa soudainement sa tasse, faisant claquer la soucoupe de porcelaine blanche, avant de tourner son oeil d'aigle sur le petit. Une lueur de compréhension s'éclaira dans ses prunelles. Il reconnut ces yeux, si différent de son regard à lui et n'eut plus aucun doute :

- Attends deux minutes ! Tu n'es pas mon fils, tu es mon neveu !

Sur le coup, il ne savait s'il devait s'en réjouir ou en pleurer. La révélation semblait avoir terminé d'achever le masque ministériel et William devait avoir en face de lui ce qui se rapprochait le plus du "vrai" Aaron Saxon, ou ce qu'il en restait. Il fallait dire qu'on était en pleine histoire familiale (pour ne pas dire drame) et qu'il n'avait pas vécu cela depuis un certain temps. Il avait appris à se détacher peu à peu de son frère cadet, une blessure subsistait mais elle était si ancienne que Saxon n'en avait plus conscience. Il ne restait que de l'agacement et un certain mépris. Mépris qui d'ailleurs stoppa net le geste qu'il avait esquissé, inconsciemment, mais qui se voulait réconfortant, en direction de l'avant bras du garçon. Il était donc là, à la frontière, entre l'envie de serrer dans sa main un membre de sa famille et la circonspection en ce qui concernait les débouchés potentiels : son frère ne lui avait jamais apporté que des problèmes.

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MessageSujet: Re: Réunion de famille (pv Aaron)   Ven 16 Nov - 14:15

Dans les films, les compositeurs choisissait des morceaux doux et mélancolique pour les scènes des grandes retrouvailles. Ils avaient tort. Horriblement tort. Car ce qui se passait n’avait rien de doux, rien de mélancolique, rien de nostalgique. Ce qui se passait là c’était du Schubert, du Wagner, du Linkin Park… C’était le feu sous la glace, c’était les volcans islandais.
William ne s’était pas attendu à ressentir tout cela. Des émotions violentes et brutales se déversaient continuellement en lui tandis qu’il s’absorbait dans la contemplation des faits les plus anodins. Son père était droitier. Il aimait le thé léger. Il n’abordait pas la chevalière d’Oxford. Sa montre était un modèle paru il y a six mois. Ses boutons de manchettes eux étaient plus vieux.
Le garçon inspira profondément et tenta de rejeter la colère et la douleur qui menaçait de le rendre fou. En temps normal, il était calme et analytique. Mais on n’était pas en temps normal. Il était dans une maison étrangère. Il ne savait pas comment se comporter. Et son père, son vrai père, prétendait ne pas le connaitre.

Comme ce dernier William se retrancha derrière la politesse. La dernière armure avait-il lu dans un livre. Et c’était vrai. Alors que la situation semblait échapper à tout contrôle murmuré un « merci » pour le thé lui semblait la seule action appropriée. Cela ne lui permettait pas de redevenir maitre des évènements et encore moins de son cœur qui le faisait souffrir. Mais au moins, il se sentait un peu moins perdu. Après tout, ils étaient anglais. Ils avaient les bonnes manières dans le sang.

En voyant sa tasse, le garçon retint sa grimace. Qui au XXIème siècle s’acharnait à proposer du thé sans sucre à un enfant ? Malgré son intelligence William faisait comme tous les garçons de son âge, il noyait l’amertume du breuvage en usant et abusant du sucre et du lait. Mais il n’osa pas en faire la remarque. Et puis son père n’avait jamais élevé d’enfant, il ne pouvait pas le savoir.

Ses dernières phrases semblèrent agacer son père. Dans les yeux pâles, William lut la même contrariété que celle qui devait briller dans les siens. Sauf qu’il semblait fatigué et pas triste.

- Assied-toi.

Il y avait quelque chose d’impérieux dans son ton. Quelque chose qui en temps normal aurait fait rechigner William. Mais le garçon ne réfléchit pas. Il ne se demanda pas s’il souhaitait s’asseoir ou marquer sa rébellion. Il prit une chaise et s’assit. Il posa ses mains sur la table. Il planta ses yeux dans ceux de son père.

- Écoute, je suis marié depuis 15 ans et je n'ai jamais fréquenté que ma femme pendant cette période.

« Je suis censé te donner une médaille ? » Le garçon se réfugiait derrière une ironie et un cynisme comme un enfant se cachait sous ses draps pour ne pas voir le monstre sous son lit. Mais il conserva le silence se contentant de boire une gorgée de thé. Pouah, amer et trop chaud. Il avait du mal à digérer le liquide à moins que ce ne soit les paroles de son père. Il le savait marié mais avait préféré mettre de détail de côté. Il se savait capable de s'accommoder d'une belle-mère, après tout il s'accommodait déjà d'un beau-père. Et il se foutait de la fidélité de son père. Il regardait assez les infos pour savoir que pour les adultes, surtout puissant, il ne s'agissait pas d'une valeur primordial.

- Donc non, ce n'est pas moi. Qu'est-ce qui te fait dire ça ? Quelqu'un t'a parlé de moi ? Ta mère m'a mentionné nommément ? Comment as-tu dit que tu t'appelais ? Lockwood hein ? Ton nom me dit quelque chose mais...

MENTEUR ! Le mot brulait les lèvres de William comme le thé lui brulait la langue et la douleur lui brulait le cœur. Il mentait. Il devait mentir ! Mentait-il vraiment ? Pourquoi son discours avait-il autant d’accent de vérité ?
Il aurait été plus simple pour lui de prétendre ne pas du tout le connaitre. Alors que son aveu sur son nom de famille le mettait dans une position plus délicate. Les indices corporels indiquaient la sincérité. Son discours se tenait. Tout était parfait. Tout sauf William.
Il ne pouvait pas accepter que ce qu’on lui disait était la vérité. Il ne voulait pas se trouver de nouveau sans père.
Il se concentra sur le clac sec de la tasse sur la soucoupe. Il garda ses yeux fixait dans ceux de son père. Il n’avait aucune envie de détourner le regard. On prétendait que les yeux étaient le reflet de l’âme et il voulait extirper de son âme la vérité. Même si cette dernière lui semblait plus cruelle de seconde en seconde.

- Attends deux minutes ! Tu n'es pas mon fils, tu es mon neveu !

Les américains lâchent la seconde bombe sur Nagazaki. Sherlock se trompe dans une déduction. On arrête la publication de Naruto. Ces évènements sinistres et choquants n’étaient rien face à l’annonce qui venait de lui être faite.
William avait l’impression d’être en chute libre sans parachute. Il ne comprenait plus. Il tombait. Il chutait. Il n’avait plus aucune maitrise.
Son. Neveu. Il était son neveu. L’homme face à lui était son oncle. Il était le frère de son père. Il appartenait à sa famille. Pas de la façon dont il croyait. Mais il appartenait à sa famille. Il avait une famille. Une autre famille.
Il vit son oncle tendre la main, comme pour lui serrer l’avant-bras. Puis il stoppa son geste. Ce que William ne comprit pas. Pas plus qu’il ne comprit les émotions qu’il lisait sur le visage de son pè… oncle. Pourquoi refusait-il de le toucher ? William avait toujours besoin de ce contact. C’était presque vital. Mais le garçon lui-même n’osait pas bouger. Pas avec ce qu’il voyait sur le visage de son interlocuteur.
Le soulagement, il pouvait le comprendre, tout comme la stupeur. Mais il y avait aussi quelque chose d’autre. Pas vraiment du mépris, pas vraiment de la tristesse mais quelque chose qui oscillait entre les deux. C’était ça qui avait paralysé son oncle et cela qui stupéfiait le jeune garçon.
Pourquoi ? Pourquoi avait-il l’impression que quelque chose chez lui dégoutait son oncle ? Il avait pourtant fait attention à être propre, il portait un jean en bon état, un pull sans trou et une veste impeccable. Il n’avait pas l’impression d’avoir dit ou fait quelque chose de mal. Donc, que se passait-il ? Le rejet demeurait, les causes en était différente mais le garçon avait toujours l’impression d’être un indésirable.
Inconsciemment il déglutit et tenta de s’éclaircir la gorge. Il fallait qu’il trouve quelque chose à dire mais quoi ? Il avait l’impression d’être vidé de toute son énergie et de toute son intelligence, au demeurant exceptionnel. Epuisé il se laissa tomber contre son dossier en tentant de rassembler ses pensées.

« Euuh… Je suppose que tu préfères que je t’appelle oncle plutôt que tonton »

Il ne savait pas trop pourquoi il se souciait des détails dans un moment pareil. Sans doute étais ce comme la politesse. Cela permettait de créer l’illusion que la situation était sous contrôle. Sauf qu’elle ne l’était pas. Les sentiments qui ballotaient William avaient changé mais ils étaient toujours là. Il se sentait toujours offert à une chute délirante et sans fin. Il n’arrivait toujours pas à écouter sa raison et le sang lui battait les tempes comme jamais.

« Et mon père ? »

La question avait franchi ses lèvres sans qu’il ne réfléchisse. Et il n’aimait pas du tout le ton pitoyable de celle-ci. Mais il ne pouvait rien y faire. Il voulait savoir.

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MessageSujet: Re: Réunion de famille (pv Aaron)   Mar 4 Déc - 10:14

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Le silence qui s'était installé dans la cuisine déjà froide par son ameublement, s'étirait comme de la guimauve trop chaude. Et les deux Saxon, car on pouvait les appeler ainsi à présent, s'observaient sans oser rompre la quasi religiosité du moment. Lorsqu'il avait appris la nouvelle, via une lettre d'Horatio à la famille, expliquant qu'il avait rencontré une fille formidable en France et qu'elle attendait un enfant, Aaron avait dédaigneusement haussé les épaules et murmuré, pas assez bas pour que sa mère ne l'entende pas : "Et il finira par fuir cette responsabilité, comme toutes les autres." Elle avait tapé le bras de l'aîné, à défaut de pouvoir réellement le contredire et ajouté : "Voyons Ary, tu es toujours si méchant avec lui..." Et un silence s'était installé dans la pièce, proche de celui qui venait de tomber sur les épaules du ministre. Si William avait sans cesse cherché une autre famille, Saxon avait avec force essayé de s'en affranchir toute sa vie : s'affranchir des relations paternelles et de ses attentes trop pesantes, s'échapper de la nasse dans laquelle le plongeait son mariage arrangé et sa belle famille trop aristocratique, rompre l'amour qu'il avait nourri pour son petit frère qui l'avait déçu à tant de reprises qu'il ne les comptait plus... De cet amour, ne semblait rester que des cendres, certes tièdes encore, mais des cendres tout de même qui ne provenaient pas de l'ossature fantasmagorique du phénix et qui donc ne renaîtraient pas. Il avait appris à voir son attachement enfantin pour son cadet comme une faiblesse à tuer et il croyait, de sa hauteur d'adulte, y être parvenu.
Mais les yeux de William remettaient tout en question et Aaron, face à ce qu'il ne maîtrisait pas, se trouvait à la fois démuni et frustré. Un fond d'agacement montait de son être même si son cerveau lui intimait de ne pas chercher la responsabilité des erreurs fraternelles dans sa descendance. Car on ne portait pas les péchés du père, lui-même en avait la preuve. Il inspira donc lentement afin de se calmer, ne trouvant rien à faire d'autre que de replacer la tasse qui ne s'était pas bien centrée dans la soucoupe. Ce sont les gestes les plus inutiles qui nous viennent à l'esprit lorsqu'on se sent désarmé.

Le gamin en face de lui n'en menait pas large non plus et il ressentit une pointe d'empathie pour cet être qui se trouvait certainement dans le même état. Cependant, il était certainement plus courageux que lui car il finit par dire quelque chose, afin de rompre le silence qui frôlait la limite du désagréable :

« Euuh… Je suppose que tu préfères que je t’appelle oncle plutôt que tonton »

Cette remarque incongrue et si candide, dans l'affrontement qui se jouait, dérida le ministre qui posa un regard interloqué et un peu amusé sur son neveu. Il répondit, spontanément :

- Cela va sans dire.

Il imagina qu'on l'appelât "tonton", un sobriquet qui pourtant allait bien aux caractères dictatoriaux, et eut une grimace. Ah ça, jamais ! Oncle, il aurait déjà du mal à s'y faire mais c'était toujours mieux que l'autre solution. Étrangement, il n'eut à aucun moment l'idée de lui répondre "je préfèrerais que tu ne m'appelles pas", ce qui montrait que malgré tout, au fin fond de ses entrailles reptiliennes demeurait un semblant de chaleur humaine, une envie d'appartenir à quelque chose qui résonnait comme un écho tribal. Il eut un léger sourire qui se figea lorsque le garçon enchaîna sur :

« Et mon père ? »

Question ô combien légitime mais qui tendit l'atmosphère qui semblait s'être allégée quelques minutes. Saxon tourna et retourna le problème dans sa tête : comment présenter son frère au gamin sans trop le vexer. Il le considéra, voyant la lueur de l'attente dans son regard et ne put concevoir de mentir. Il ne déballa donc pas un discours langue de bois et commença ainsi :

- Bien, tu m'as l'air dégourdi donc je ne vais pas te mentir. Ton père n'était pas, enfin n'est pas quelqu'un de très fréquentable. Il a été élevé comme moi, il est allé à Oxford également, même s'il a fallu beaucoup appuyer sur la direction pour qu'il soit admis car ses résultats scolaires laissaient à désirer. Mais notre père y était allé, j'y étais encore et je ne posais pas de problème alors bon, le réseau tu comprends... Sauf que pendant que j'étudiais, Horatio - pardon, je ne t'ai pas donné son prénom - bref, Horatio il n'avait pas la tête aux études et je ne sais encore par quel miracle il a obtenu son diplôme de médecine. J'étais sorti de l'université, je commençais ma carrière politique. Il y a eu un drame et il a été radié de l'ordre. Après il est parti en France et j'imagine qu'à un moment il a dû rencontrer ta mère. Quant à ce qu'il devient aujourd'hui, je suis désolé mais je n'en sais trop rien et à vrai dire, je ne tiens pas à le savoir...

Tout ceci avait été énoncé d'une traite, ses yeux plongés dans ceux de William. Il n'avait pas enjolivé l'histoire, il l'avait certes beaucoup résumée, mais il n'avait rien ajouté pour rattraper son frère. Il crut entendre sa mère : "tu es toujours si méchant avec lui" et laissa passer une minute avant d'ajouter, par soucis de justice :

- Ce n'est pas quelqu'un de mauvais, je ne souhaite pas que tu le croies. Il est juste faible, c'est toujours difficile d'être le cadet j'imagine, je n'en sais rien. Il faut dire que ton grand-père ne faisait pas trop de cas du devenir de son second fils. Mais ça n'excuse rien.

Et là, le jugement était sans appel : à l'aune de tout l'amour qu'il lui avait porté, son dénigrement avait le même poids, il était donc immense. Saxon soupira car en parler lui remémorait des souvenirs désagréables. Il espéra que le monde du gosse ne s'écroulait pas sur ses épaules et le geste esquissé précédemment fut prolongé : il posa sa main sur l'avant-bras dissimulé sous le pull à grosses mailles.

- Écoute, si tu veux que je me renseigne sur ce qu'il devient, je peux le faire.

On ne savait trop s'il sous-entendait les services de renseignements ou sa famille mais dans tous les cas, il pouvait obtenir le parcours de son frère en 12 ans. Cela lui coutait mais les vieux réflexes revenaient au galop : Aaron était là pour essuyer les erreurs d'Horatio, comme toujours.
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MessageSujet: Re: Réunion de famille (pv Aaron)   Ven 7 Déc - 21:11

Les gens se prétendent volontiers affamés de vérité, mais ils la trouvent rarement à leur goût lorsqu'on la leur sert.

William déglutit et se concentra sur les différents arômes du thé qu’il percevait dans sa bouche tandis que la brûlure se répandait dans sa gorge et que son malaise semblait un peu diminuer. Une chape de plomb continuait de dominer la cuisine mais sa remarque ne sembla pas trop hérisser son oncle qui au lieu de se rebiffer sembla amusé par sa remarque

- Cela va sans dire.

L’enfant se sentit un peu mieux. La réponse à sa remarque signifiait que son oncle l’acceptait plus ou moins dans sa famille. Visiblement c’était difficile pour son oncle aussi et il ne savait pas trop sur quel pied danser. En même temps, il était adulte. Il devait savoir comment se comporter, non ? La situation était entre ses mains mais il demeura silencieux.

Le silence qui était le véritable maitre des lieux reprit ses droits. Un silence un peu moins lourd et pesant mais toujours porteur d’un certain nombre de non-dits. William se rendit compte que sa question avait à la fois trop et pas assez de sens. Machinalement, il se mit à taper la table du bout des doigts reproduisant sans clavier son air de piano préféré. Son oncle avait besoin de temps pour lui répondre ce qu’il pouvait comprendre, enfin il croyait.
La plupart des adultes se montraient plus délicat avec lui sous prétexte qu’il était un enfant. A la mort de sa mère, les policiers avaient fait attention à ne pas le choquer et à lui présenter les choses de façon plus acceptable pour son jeune âge. Il n’avait pourtant pas l’impression d’être plus fragile que les adultes. Mais les gens tentaient de le protéger, et d’atténuer la vérité. Ce que William n’appréciait pas. La vérité était la seule chose qui comptait. La vérité était tout ce qu’il aimait et ce qu’il recherchait, enfin tout du moins il le voulait.
Son oncle finit par planter son regard dans le sien. Les yeux tellement plus clair que les siens et brillant d’intelligence et d’ambition le contemplaient avec un mélange de calme et de compassion. Son regard brûla l’enfant qui se sentit mal à l’aise et dût lutter pour ne pas détourner les yeux.


- Bien, tu m'as l'air dégourdi donc je ne vais pas te mentir. Ton père n'était pas, enfin n'est pas quelqu'un de très fréquentable. Il a été élevé comme moi, il est allé à Oxford également, même s'il a fallu beaucoup appuyer sur la direction pour qu'il soit admis car ses résultats scolaires laissaient à désirer. Mais notre père y était allé, j'y étais encore et je ne posais pas de problème alors bon, le réseau tu comprends... Sauf que pendant que j'étudiais, Horatio - pardon, je ne t'ai pas donné son prénom - bref, Horatio il n'avait pas la tête aux études et je ne sais encore par quel miracle il a obtenu son diplôme de médecine. J'étais sorti de l'université, je commençais ma carrière politique. Il y a eu un drame et il a été radié de l'ordre. Après il est parti en France et j'imagine qu'à un moment il a dû rencontrer ta mère. Quant à ce qu'il devient aujourd'hui, je suis désolé mais je n'en sais trop rien et à vrai dire, je ne tiens pas à le savoir...

William abaissa un moment les paupières et digéra les informations en silence. Il se sentait triste et déçu mais pas surpris. C’était le retour de la réalité et de la vérité dans son monde. De façon relativement puérile il avait idéalisé son père, son vrai père. Il avait créé l’antithèse de son beau-père. Et la conviction erronée que son père était ministre avait nourri cette conviction. Il avait voulu un père parfait. Et le portrait que l’on dressait de son géniteur s’éloignait radicalement de la définition de la perfection.
Il se sentait un peu stupide d’avoir cru ça. La perfection était un produit de son imagination. Il se demanda accessoirement ce que les réseaux avaient à voir avec l’intégration d’Oxford, sans doute un truc d’adulte.
L’histoire que son oncle lui racontait semblait correspondre à la réalité. Sa sœur lui avait expliqué qu’il était né et avait grandi en France jusqu’à ses cinq ans. Lui-même ne gardait que peu de souvenir de sa vie au pays de Victor Hugo. Il y avait dissimulé quelque part dans son appartement son acte de naissance, rédigé dans une langue qu’il ne comprenait pas, qui attestait qu’il avait vu le jour à Paris.
L’histoire de son père était importante, même si du point de vue de William il aurait été plus important de lui parler de la rencontre entre ses parents ou de pourquoi ils s’étaient quitté.

- Ce n'est pas quelqu'un de mauvais, je ne souhaite pas que tu le croies. Il est juste faible, c'est toujours difficile d'être le cadet j'imagine, je n'en sais rien. Il faut dire que ton grand-père ne faisait pas trop de cas du devenir de son second fils. Mais ça n'excuse rien.

Bizarrement savoir que son père était nul en cours, visiblement peu apprécié de sa famille, mauvais médecin, radié de l’ordre, et dans un lieu inconnu l’avait laissé de marbre. Il aurait préféré descendre d’un intellectuel brillant ou de quelqu’un de bien mais il vivait dans une telle crasse qu’un médecin radié de l’ordre lui paraissait nettement préférable à un junkie. Mais les révélations sur la faiblesse de son père l’anéantir. Il n’aimait pas la faiblesse. Il l’exécrait. Mais la faiblesse de son père lui semblait, sous l’angle froid et impartial de la logique, naturelle. Sa mère aussi était quelqu’un de faible.
Il se souvenait de plus en plus mal de sa mère, deux ans c’était long, mais dans ses souvenirs elle ne brillait pas par sa force. Il se rappelait sa douceur et sa gentillesse quand elle l’écoutait raconter ses déboires. Il lui semblait encore sentir contre sa tempe ses lèvres quand elle lui souhaitait bonne nuit. Il l’aimait et la chérissait mais il voyait clairement ses faiblesses. Il se souvenait de ses nombreuses dépressions, il se souvenait des pleurs et des jours où elle semblait sans énergie.
Et surtout, surtout il se souvenait de l’odeur métallique du sang et du corps sans vie qu’il avait trouvé en rentrant du collège. Il se souvenait que sa mère n’avait jamais eu la force de vivre, que ce soit pour elle ou ses enfants, tout comme elle n’avait pas la force de s’opposer à son beau-père. Elle n’avait pas de force et pas de volonté. Et elle n’avait jamais pu le protéger. Et sans doute était-ce qu’il avait cherché dans son père. Une force et une protection. Et visiblement il s’était trompé. Etait-ce à cause de son manque de force que son père l’avait abandonné ? Ou bien est-ce que c’était lui qui avait un problème ? Etait-ce pour ça que l’on avait rayé de sa vie son père et tout ce qui s’y rapportait ? Ses questions semblaient encore plus nombreuses qu’avant son entrée dans la maison.
Il sentit une main se poser sur son avant-bras. C’était une main d’un homme adulte. C’était assez étrange, elle était plus grande et plus ferme que celle de Tara. Il ne s’y attendait pas ou ne l’attendait plus. Il se sentit tout à coup apaisé, rassuré. Ce simple geste signifiait qu’il y avait au moins une personne qui l’acceptait. Et un oncle ce n’était pas rien. Il leva les yeux et tenta un sourire timide. Ce n’était pas dans ses habitudes, ses sourires étaient généralement charmeurs ou insolents. Il n’était que rarement hésitant. Parce que là, il était content mais ne savait pas trop comment le montrer ou le dire. Il se sentait maladroit et stupide et s’en voulait d’autant plus qu’il avait attendu avec avidité ce contact si simple et si ténu qu’il soit.

- Écoute, si tu veux que je me renseigne sur ce qu'il devient, je peux le faire.

Il réfléchit mais la réponse lui paraissait claire. Oui, il le voulait. Il avait besoin de connaitre, de comprendre… Il s’attendait à être déçu mais il souhaitait savoir qui était son père, ce qu’il faisait maintenant et pourquoi il ne voulait pas de lui. Surtout qu’il sentait qu’il ne pouvait pas poser ces questions à son oncle. Cela ne le concernait pas. Enfin, si… Mais instinctivement, il sentait que son oncle ne pouvait pas répondre à ses interrogations et que les formuler ne ferait que ramener un certain malaise dans la cuisine. Et il n’avait aucune envie de sentir de nouveau la lourdeur de l’atmosphère.

-Oui, je veux bien… S’il te plait.

Il réfléchit un moment à tout ce qu’il voulait demander mais qu’il ne savait pas comment formuler. Il regarda la main posé sur son bras. Et hasarda :

« Est-ce que je lui ressemble ? »

Autant physiquement que mentalement, William se demandait ce qu’il tenait de son père. Sa sœur n’en avait conservé que des souvenirs flous et puis elle ne l’avait jamais connu enfant, pas comme son oncle. Il avait vaguement l’impression d’être un chien qui s’agite pour qu’on lui offre un sucre. Il ne savait pas trop ce qu’il attendait mais il se sentait affamé. Il voulait en savoir plus et moins. Il voulait les grandes idées et les petits détails, surtout les petits détails, c’était les détails qui créent la réalité.

« Tu es marié, non ? Ta femme est vraiment belle, j’ai vu des photos. Elle est gentille ? J’ai des cousins ? »

L’adulte qu’il affectait d’être disparut, il ne restait plus qu’un enfant. Un enfant encore sonné parce ce qu’il venait d’apprendre et ce qu’il allait apprendre mais un enfant. Et comme tous les enfants, il sentait les questions qui se bousculaient dans sa tête et il les posait sans se soucier d’une quelconque logique, passant sans effort du coq à l’âne.

« Qu’est-ce que tu fais quand tu n’es pas ministre ? Tu es né quel jour ? Comment s’appelle le chat ? »

Il s’interrompit un instant pour reprendre son souffle et se rendit compte qu’il devait être impossible de répondre à toutes ses interrogations, surtout s’il s’acharnait à les poser si vite sans laisser à son oncle le temps de répondre.

« Désolé, je pose trop de question, n’est-ce pas ? »

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